Rêveries

Nouvelles et autres surprises, par Arthur Cdl

Romain Gary, Albert Camus et JMG Le Clézio sont mes auteurs préférés, j’aime le bleu et les étoiles.

Sensible aux charmes de la vie, j’écris depuis tout petit sans l’assumer vraiment. Je prône maintenant un Art universel et accessible. Formé en tant que comédien aux cours Charmey à Vannes, mes intérêts ne se réduisent pas à l’écriture. J’espère que mes textes sauront les traduire avec autant de justesse que possible. Bonne lecture !

THEME LIBRE

C’était un dimanche d’été et le soleil n’avait pas manqué le rendez-vous, il avait même parfaitement rempli sa mission : 37 degrés sur la journée en moyenne. Je m’étais réfugié dans mon salon, parce que je deviens vite nerveux quand il fait chaud. Ma voisine faisait de la sophrologie et de la méditation pour apaiser ses angoisses, moi j’avais d’abord besoin d’un ventilateur et d’un peu d’air frais.

Vers la fin d’après-midi, j’ai décidé que l’originalité pouvait bien aller se faire foutre.  J’ai pris des bières, un vieux bouquin, et j’ai fait comme tout le monde : je suis allé me promener. Comme je m’y attendais, le sentier côtier où je me suis rendu était bondé. J’ai marché une bonne demi-heure avec la forte impression que nous étions trop sur notre petite terre. Je me suis arrêté sur un point haut, là où les arbres avaient été assez aimables pour laisser jaillir leurs branches plus haut que les autres et dégager enfin la vue sur le golfe. Il s’étirait au loin comme une grosse flaque d’huile de laquelle émergeaient quelques îlots. Le ciel était envahi de nuages de coton rougeâtres, et je me suis dit que Dieu devait sans doute pisser le sang, là-haut. C’est le genre de pensées étranges qui me traversaient l’esprit, ces temps-ci. D’habitude, ce genre de spectacle m’en touchait une sans faire bouger l’autre. Là, j’étais ébahi. Je voulais être ce paysage pour qu’on m’admire un peu. Qu’est-ce qu’il y avait à admirer chez un homme comme moi, de toute façon ?

Je faisais bien le moonwalk quand j’étais adolescent, j’avais une bio tinder drôle et j’avais eu mon permis du premier coup (alors qu’il faisait chaud le jour de l’examen), du reste je crois que c’était tout.  J’avais un physique passablement passable, des centres d’intérêt ordinaires, des anti-dépresseurs à prendre chaque matin et j’avais parfois envie de cogner certaines personnes. A mes yeux, j’étais donc un occidental ordinaire. Aux yeux des occidentaux ordinaires, un café sans sucre. Aux yeux d’une forêt, un arbre sans feuille. Aux yeux de la Mer devant moi une vague qui manque de sel. Il n’y a qu’aux yeux de ma mère que j’étais quelqu’un, mais qui peut en vouloir à une mère d’aimer aveuglément son fils ? Je n’avais pas la force de lui dire que je n’avais pas de talents particuliers, que mes projets n’aboutissaient jamais et que si j’avais des mauvaises notes à l’école ce n’était pas parce que j’étais « HPI ». De toute façon, je la voyais déjà sourire et me répondre que je disais des bêtises, et que j’étais un trentenaire accompli. Et puis ce serait comme aller voir un enfant et lui annoncer gratuitement que le père Noël n’existe pas. Pourtant, personne n’a vraiment menti à ma mère : Ni mes profs, ni mes employeurs, ni les flics, ni mes ex petites-amies. Ils lui ont bien dit que le père Noël n’existait pas mais elle y a cru d’elle-même. Après tout, si elle avait porté un petit monstre neuf mois en elle, sa chair et son sang, ce n’était pas pour qu’il devienne quelqu’un d’ordinaire. C’est à croire que j’étais né sous un sapin, avec un bonnet rouge et blanc. L’image m’est restée en tête alors je me suis assis sur un banc. Et là où Bouddha ou ma voisine auraient médité, moi j’ai ouvert machinalement une bouteille de bière et je l’ai bue. La journée aurait pu en rester là, à boire au milieu des touristes jusqu’à ce que le soleil se couche. Je serais rentré un peu ivre et j’aurais percuté une voiture. Les derniers instants avant de mourir, là où l’on est censé voir défiler sa vie devant ses yeux, je me serais juste demandé s’ils allaient servir de l’alcool à mon enterrement. J’ignore si c’est possible, mais j’espère qu’un sourire se serait figé sur mon visage. Elle n’aurait pas eu à savoir que c’était une dernière pensée étrange qui en avait été à l’origine. Mon oncle aurait glissé à ma tante « bon, il n’a plus de nez, la moitié de l’oreille droite est arrachée et il a des marques d’éclats de verre partout, mais au moins il a souri une dernière fois ce con ». Ma mère n’aurait rien dit du tout. Elle aurait subi ma mort comme si elle avait été dans la voiture d’en face. Elle aurait été effondrée, inconsolable. Une mère abattue qui perd brutalement son fils unique deux ans après son mari. Une morte qui vit encore. J’ai eu une pensée émue pour ma mère, le type d’en face et la carrosserie de ma voiture et j’ai décidé d’un autre champ de possibles : J’ai vidé par terre ce qui me restait de ma deuxième bouteille de bière.

Depuis que le trafic d’organes existe, l’amour est le dernier sanctuaire des pauvres.

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