Il se faisait appeler Elia, il avait la trentaine, et il vivait dans un pays que l’auteur de ce texte a pris la liberté d’imaginer. Il s’était bâti dans la région où il vivait une solide réputation de ‘hippie puant’ et de ‘babos’. D’abord , il avait les cheveux longs et bouclés, il marchait pieds-nus, il parlait de paix, de tolérance et d’amour et enfin pire que tout il ne mangeait pas d’animaux. Pour toutes ces raisons, il était détesté et moqué d’une partie de la population. Il prêchait régulièrement dans une petite salle miteuse des discours qui trouvaient quelques oreilles attentives. Parfois, il s’entretenait avec des malades. On lui prêtait certaines guérisons miraculeuses, mais de l’avis général, c’était une légende, et Elia devait déjà s’occuper de ses carences (fictives) avant de penser à la santé des autres. Les uns disaient qu’il se prenait pour Jésus et que sa place était dans un asile, les autres riaient.
Un jour, lors d’un prêche, sans qu’on sache vraiment si la remarque était ironique ou non, un de ses rares adeptes lui conseilla de distribuer des dictionnaires, ‘parce que l’humanité ne devait pas s’entendre sur la signification générale du verbe ‘aimer ».
C’était, selon lui, une raison plausible qui expliquait que les humains, toutes croyances ou non-croyances confondues, volent, violent, tuent, massacrent, torturent et anéantissent leurs semblables.
Elia avait répondu ce jour là avec tact que c’était bien possible, et qu’après tout, les humains disent aimer les autres animaux, mais ça ne les empêche pas d’en manger, et donc de payer des gens pour en faire souffrir certains, les tuer, les vider de leurs entrailles, les découper et les conditionner. Aussi, la plupart des humains n’aiment pas leurs semblables comme ils prétendent aimer les cochons, sinon la France serait une immense prison à ciel ouvert avec pour seul juges nos amis à deux ou quatre pattes. L’assistance avait applaudi la verve de l’orateur, et les voisins répondirent ensuite par des jurons malvenus.
Par une nuit de printemps pluvieuse, Elia, qui vivait un peu à l’écart de la ville voisine, avait retrouvé un poulet égorgé au bas de sa porte. On ne le vit plus pendant quelques jours, tout ce qu’on sait c’est qu’il avait pris le temps de confectionner un petit cercueil en bois d’acacia, d’y déposer le pauvre animal, de creuser une tombe et de l’enterrer consciencieusement.

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