Rêveries

Nouvelles et autres surprises, par Arthur Cdl

Romain Gary, Albert Camus et JMG Le Clézio sont mes auteurs préférés, j’aime le bleu et les étoiles.

Sensible aux charmes de la vie, j’écris depuis tout petit sans l’assumer vraiment. Je prône maintenant un Art universel et accessible. Formé en tant que comédien aux cours Charmey à Vannes, mes intérêts ne se réduisent pas à l’écriture. J’espère que mes textes sauront les traduire avec autant de justesse que possible. Bonne lecture !

Richard Feyman

Nous voilà en 2023 avec pour thème cet éminent scientifique. Elle change un peu des formes classiques que je peux aborder, puisqu’il s’agit d’une lettre. Bonne lecture !

1959: American physicist Richard Feynman (1918 – 1988) stands and raises one hand, in front of some shelves at Cal Tech University, Sacramento, California. (Photo by Joe Munroe/Hulton Archive/Getty Images)

Mon cher petit fils, j’ai été pris de tremblements terribles, cette nuit. Les médecins me donnent quelques semaines tout au plus, mais une nouvelle crise pourra très bien m’emporter la nuit prochaine. Mon testament étant achevé et vos arrières couverts, je m’empresse donc d’écrire à ma descendance quelques pages.
A ton âge, quand on est en bonne santé, qu’on meurt un jour importe peu. Vous êtes bien trop
occupés à jouer les immortels pour vous en soucier. Quand j’ai appris que tu es tombé d’un pommier
la semaine dernière et que tu t’es ouvert le tibia, ça m’a rappelé qu’enfant je n’étais pas aussi
téméraire que toi. Toute ma vie j’ai même été le plus prudent des hommes. Il arrive pourtant un âge
où la mort creuse des fossés sur notre peau, et ces fossés qu’on appelle par pudeur des rides sont en
fait nos premières vraies cicatrices. Tu t’es ouvert le tibia, et moi la mort me taille les joues.

Si je te parle aussi directement de ma fin prochaine, c’est que tu es d’une intelligence et d’une
sensibilité rare. A part l’escalade (visiblement), je dirais que tu excelles dans tous les domaines, et en particulier les sciences. Demain (tu verras, le temps passe vite, surtout quand on saute deux classes) tu seras de ceux que les entreprises ou les administrations les plus prestigieuses s’arracheront à prix d’or. Mais il ne s’arracheront ni ta personnalités, ni tes passions, ni ton humour, ni tes rêves. Ils ne s’intéresseront pas à toi pour qui tu es mais pour pour tes compétences et ce
qu’on appelle de nos jours ton ‘haut potentiel intellectuel’. Ne les laisse pas te bouffer tout cru, et le
jour venu rappelle toi de l’histoire qui va suivre et que je n’ai raconté qu’à une poignée de proches :
Nous étions en 1954, j’avais 20 ans et j’avais échoué seul dans un petit bar de Los-Angeles. C’était
un établissement sans prétention dans une ville qui, elle, sentait déjà la démesure. Un groupe de
musique jouait des percussions pour une horde de danseurs endiablés et il y avait au bar quelques
ivrognes dans un état d’ébriété (ou plutôt de décomposition) assez variable. Je commandai une
bière, et, n’ayant pas encore rencontré ta grand mère, je regardai les jolies filles danser. Le groupe
finit alors le concert et le bongocero, celui qui joue d’un instrument à percussion qu’on appelle les
bongos, atterrit sur le siège d’à côté. Quelque chose m’a tout de suite marqué en examinant son
visage. Il avait l’air vif et jovial, alors je l’ai félicité et je lui ai demandé si bongocero, c’était une
situation.
« Oh, non, pas vraiment, mais je me sens aussi proche de Dieu en jouant des bongos qu’en résolvant
des équations de physique théorique » cette réponse m’a marqué toute ma vie. J’avais en face de moi
Richard Feynman, un illustre physicien que tu dois toi-même connaître.
L’idée qu’un éminent scientifique jouait des bongos dans un bar miteux de Los Angeles m’avait
d’abord paru absurde. Le lendemain, ce que je trouvais absurde, c’est qu’un bongocero passionné
avait travaillé à l’élaboration de la bombe atomique. Le surlendemain, je ne savais plus quoi penser,
sinon que cet homme avait su préserver une part de lui-même intacte. Et aujourd’hui, couchant ces
mots sur le papier, j’ai juste envie que tu gardes cette histoire en tête toute ta vie, pour te rappeler
combien chaque dimension de notre vie est importante. J’ignore ce que tu feras vraiment et quels
rêves tu décideras de suivre, mais ne vends pas tout ton temps libre, ne vends pas tes principe et par
dessus tout ne vends pas ton âme. Il nous est donné de connaître le vrai sens des choses dans les
moments de grâce comme celui que j’ai pu vivre au Elton’s house ce soir là. Je te souhaite de
connaître les tiens en temps et en heure. Qu’ils aient lieu du haut d’un pommier, en nageant au fond
d’une piscine ou dans les nuages, peu importe. Pourvu que tu ne fasses qu’un avec l’Univers.
Quant à moi, je détesterais mourir deux fois. C’est si ennuyeux. C’est Richard Feynman lui même
qui a prononcé cette phrase avant de mourir et elle ne m’a jamais semblé aussi vraie qu’à l’aube de
ma mort.

Affectueusement,
ton grand père

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